Cette ancienne abbaye bénédictine, dite Saint-Jean, se déploie au bord du gave d’Oloron, la rivière pyrénéenne qui traverse la “Petite Cité de Caractère®” de Sorde-l’Abbaye. Elle forme un ensemble patrimonial qui se lit comme une frise historique longue de deux mille ans ! Fondée au Xe siècle, plusieurs fois détruite et reconstruite, elle est restée en activité jusqu’à la Révolution française. Les moines l’ont établie sur les ruines d’une villa antique, un palais campagnard doté de thermes et décoré de mosaïques.
L’abbaye du XXIe siècle se dévoile au gré des travaux de restaurations, des fouilles archéologiques et des recherches scientifiques qui recomposent des siècles et des siècles d’histoire !
Les vestiges de la villa antique, l’ancienne église abbatiale, les bâtiments monastiques et le logis abbatial constituent cet ensemble patrimonial bimillénaire très complexe. De l’Antiquité au XXIe siècle, suivez la frise chronologique !
Les dessous de l’abbaye lèvent le voile sur une immense villa de luxe !
Avant l’installation de la communauté bénédictine au Xe siècle, de grands propriétaires terriens occupaient déjà ce site. Des fouilles archéologiques dans l’abbaye ont mis au jour les vestiges d’une villa aquitano-romaine, en particulier un ensemble thermal privé ou balneum chauffé par hypocauste (chauffage par le sol) et des pavements de mosaïques datant de la fin IVe-début Ve siècle (style de l’École d’Aquitaine). Les dimensions de cette villa, au moins 6 000 m2, en font un véritable palais campagnard, ce qui est exceptionnel dans le sud de l’Aquitaine.
Le choix d’implantation n’est en rien dû au hasard : la villa s’intègre dans un territoire fertile, entouré par les gaves de Pau et d’Oloron, propice à l’exploitation du domaine agricole auquel elle est associée.
L’abbaye médiévale et son église Saint-Jean-Baptiste
Un acte de donation daté de 975 atteste l’existence de l’abbaye bénédictine au Xe siècle. Elle est l’une des plus anciennes de Gascogne, riche d’un domaine foncier aux ressources abondantes et d’un trésor de reliques exposé dans l’abbatiale. Détruite à maintes reprises, l’abbaye offre aujourd’hui l’image d’un ensemble composite complexe.
Son aspect médiéval est peu connu. Seule l’ancienne église abbatiale a conservé des éléments romans, tels le chevet tripartite, les quatre chapiteaux historiés des absidioles, le portail sculpté de la façade nord et de somptueux pavements de mosaïques situés le chœur, espace le plus sacré du sanctuaire.
La fin du Moyen Âge est marquée par l’entrée de l’abbaye dans le système de la commende. Les abbés de Sorde, parfois simples laïcs, sont nommés par privilège royal et perçoivent les deux-tiers des revenus de l’abbaye pour leur jouissance personnelle. Leur logis, véritable maison seigneuriale sur trois niveaux percée de fenêtres à meneaux sculptées, illustre la richesse des abbés de Sorde.
Le renouveau mauriste, XVIIe et XVIIIe siècle
Après les guerres de Religion entre protestants et catholiques qui ravagent l’abbaye au XVIe siècle, celle-ci est relevée en 1663 par la congrégation de Saint-Maur, une branche réformatrice des bénédictins. Les mauristes élaborent de grands projets de reconstruction des lieux réguliers. Des bâtiments sont édifiés autour du cloître dans un style sobre, classique et ouvert sur le paysage par de nombreuses et larges baies. La façade sud, monumentale, ouvre sur une terrasse qui surplombe le gave d’Oloron. Au-dessous, un cryptoportique, longue galerie souterraine, est relié à un embarcadère et abrite une série de caves appelées granges batelières. Cet ensemble très atypique, voué au négoce, profitait de la présence du gave pour le transport des marchandises. L’abbaye entretenait des liens avec le port de Bayonne, accessible depuis le gave d’Oloron, et les derniers moines avaient peut-être le projet, avec ce cryptoportique, de développer un pôle d’activité lié à au saumon, une ressource très fructueuse et lucrative !
Fin de l’activité monastique et ruine de l’abbaye
L’activité monastique prend fin à la Révolution française avec le départ forcé des moines en 1791. L’abbaye est divisée en lots vendus comme bien national. L’église, devenue paroissiale, subit des transformations au XIXe siècle. Les bâtiments monastiques, en partie ruinés et livrés aux pillages, et le logis abbatial deviennent propriétés de notables de la région. L’ensemble de l’abbaye est ainsi divisé en trois propriétés distinctes qui connaîtront une histoire propre à chacune.
L’abbaye du XXIe siècle
L’inscription de l’abbaye de Sorde sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO au titre des Chemins-de-Saint-Jacques-de-Compostelle en France en 1998 et son classement au titre des Monuments historiques en 2008 ont consacré la valeur historique et patrimoniale de ce site d’exception.
Depuis une vingtaine d’années, plusieurs opérations de restaurations se sont succédé : mosaïques romanes de l’église, mosaïques de la villa antique, façades et toiture du logis abbatial, bâtiments monastiques.
En 2019, les trois collectivités propriétaires et gestionnaires du site se sont associées au sein d’une convention tripartite : la Commune de Sorde (propriétaire de l’église et des bâtiments monastiques), la Communauté de communes du pays d’Orthe et Arrigans (gestionnaire des bâtiments monastiques), le Département des Landes (propriétaire du logis abbatial et du site archéologique antique) œuvrent ensemble pour conserver, restaurer et transmettre ce patrimoine.
Cette démarche a permis de lancer un Projet Collectif de Recherche (PCR) Sordus et d’établir un programme pluriannuel de travaux.
Fragilisée par un état de dégradation alarmant, l’église a bénéficié, en 2023, de la mission Patrimoine dirigée par Stéphane Bern et déployée par la Fondation du Patrimoine afin d'accompagner son lourd programme de restaurations (début des travaux en 2026).
Découvrez ici une rapide rétrospective des restaurations de l’abbaye de Sorde et des programmes en cours...
2002-2023 : Restauration des bâtiments monastiques
En 2002, la Communauté de communes du Pays d’Orthe et Arrigans entreprend la restauration des bâtiments monastiques fortement dégradés au fil des siècles par un enchaînement de guerres, de destructions, de pillages et par l’usure du temps.
La réalisation d’une étude préliminaire à un programme pluriannuel de restauration est confiée à Stéphane Thouin, Architecte en Chef des Monuments Historiques.
Les interventions prévoient la consolidation et la stabilisation des maçonneries ruinées, la réalisation de protections et de couvertures pour pérenniser les structures conservées sans modifier l’aspect « semi ruiné » qu’offrent les bâtiments. La reconstruction des parties disparues n’est pas envisagée.
Ce programme de restauration a été mené grâce au concours de l’État (Direction Régionale des Affaires Culturelles), de la Région Nouvelle-Aquitaine, du Département des Landes et de la Fondation du Patrimoine.
- 2007 à 2015 : tranches de travaux pour assurer la stabilisation de l’ensemble des vestiges en élévation.
- 2021 à 2023 : restauration du cryptoportique, un ensemble architectural atypique et rare construit sous la terrasse au XVIIIe siècle.
Les travaux de terrassement au-dessus du cryptoportique ont été accompagnés de fouilles archéologiques. Ils ont révélé des murs antérieurs à la création du cryptoportique et un système remarquable d’étanchéité des voûtes grâce à des toitures de tuiles enterrées.
2008-2017 : Le logis abbatial et la villa antique
En 2004, le Département des Landes devient propriétaire du logis abbatial et de son site archéologique antique.
- 2008-2011 : Mise hors d’eau du logis abbatial (toiture, charpente, parements extérieurs) et restauration des dépendances
- 2012-2017 : Restauration des mosaïques antiques (découvertes dans la cour du logis abbatial)
L’église Saint-Jean, ancienne abbatiale, restauration en cours
2006-2007 : Dépose et restauration des mosaïques romanes situées dans l’abside principale.
2022 : le diagnostic sanitaire de l’abbaye de Sorde révèle un état de dégradation alarmant menaçant l’église abbatiale de ruine. Un projet de restauration intérieure et extérieure de l'église est élaboré pour réintégrer l’église à la visite complète du site abbatial.
La commune de Sorde-l'Abbaye, propriétaire de l’édifice, a obtenu le soutien de la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern, déployée par la Fondation du patrimoine et soutenue par le ministère de la Culture et la Française des Jeux. L'abbaye de Sorde a été sélectionnée comme site emblématique de Nouvelle-Aquitaine au Loto du patrimoine 2023.
Un chèque de 375 000 € est remis à la commune de Sorde, propriétaire de l’édifice, et une collecte de dons est ouverte sur une durée de cinq ans.
2026 : Début des travaux de restauration de l’église abbatiale (première tranche : le clos et le couvert)
Faire un don sur www.missionbern.fr
Le Projet Collectif de Recherche (PCR) Sordus "De la villa romaine à l’abbaye mauriste" a pour mission de comprendre les différentes constructions qui se sont succédé de l'Antiquité à l'époque moderne. Tout un programme... qui permettra de recomposer la véritable histoire de l’abbaye de Sorde !
Ce projet scientifique a été confié à l’Institut de Recherche sur l'Architecture Antique (IRAA) de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, sous la direction de Laurent Callegarin. Il bénéficie du soutien de la DRAC Nouvelle-Aquitaine – Service régional de l'archéologie – et du Département des Landes.
Déployé sur trois ans (2023-2025), le PCR Sordus doit mener des études documentaires, archéologiques et architecturales afin de de documenter et de mieux comprendre l'histoire de ce site très complexe et monumental marqué par trois grandes périodes : la villa antique, l'abbaye médiévale et l'abbaye mauriste des XVIIe-XVIIIe siècles.
Il rassemble des archéologues, des historiens et historiens de l'art, des architectes, des paléoanthropologues ou encore des géologues.
Parmi les chercheurs : Laurent Callegarin (maître de conférences en histoire romaine et directeur de l’antenne paloise de l’IRAA-CNRS), Stéphane Abadie (docteur en histoire médiévale), Louis Lopeteguy (doctorant en archéologie du bâti à l’université de Bordeaux) et Thibault de Rouvray, historien, spécialiste des mauristes.
Les recherches 2024 :
En 2024, Sorde a été littéralement ausculté, décortiqué, carotté…
Tous les moyens scientifiques disponibles ont été employés pour révéler l’histoire bimillénaire du site abbatial. Les archives médiévales et modernes, confrontées aux vestiges architecturaux, aident à saisir les évolutions du monastère bénédictin. Elles permettent également d’entrevoir le rapport qu’entretenait l’établissement conventuel avec le gave d'Oloron, dont le lit a été sondé par les géomorphologues.
Les sondages archéologiques accompagnant ces recherches ont pour objectif de fouiller les sols de l'abbaye de Sorde
Deux opérations de fouille réalisées en 2024 ont révélé de nouvelles données qui autorisent à revenir sur :
- la chronologie de la villa gallo-romaine ;
- sa structure initiale avant son extension – revue à la hausse en raison de la mise au jour d’un nouveau tapis mosaïqué – durant l’Antiquité tardive ;
- l’évolution de l’enceinte, remaniée du monastère ;
- le cloître médiéval et les sépultures qui s’y installent du XIIIe siècle au XIXe siècle.
Enfin, les recherches en archéologie du bâti ont offert une meilleure compréhension de la structure de l’église romane.
